page
page

Loge Maçonnique l'Amitié

Planche de la Tenue blanche du 12 décembre 6009, Or.∙. de La Chaux-de-Fonds



V.∙. M.∙. en Ch.∙.


Chères SS, Chers FF, Chers invités.


La Franc-maçonnerie est souvent considérée comme une société secrète, voire occulte. Quels phantasmes ne sont pas venus alimenter les rumeurs les plus folles. Un esprit illuminé et mercantile de la fin du 19ème siècle a même produit une littérature délétère qui décrivait des cérémonies obscures lors desquelles un diable vert apparaissait. Il s'agissait d'un esprit nommé Bitru venu tout droit de l'enfer du Vatican. La Franc-maçonnerie devenait l'oeuvre de Satan. Quelle ironie pour une société d'hommes libres qui au contraire cherchent à construire une humanité meilleure par l'introspection, la réflexion, la fraternité et la tolérance. En pénétrant dans ce lieu, vous n'avez pas franchi les portes de l'Enfer, mais avez accédé au temple symbolique de l'Humanité.

Symbolique... ce sera le thème de ma réflexion de ce jour, car, comme vous aurez déjà pu vous en rendre compte, ici, tout est symbole.

Le mot symbole vient du mot grec sumbolon qui veut dire le signe, ou plus exactement le signe de reconnaissance. En fait, le sumbolon grec est à l'origine un objet coupé en deux; fragments de céramique, de bois ou de métal. Deux personnes en gardent chacune une partie comme preuve d'une dette, d'une amitié ou d'une appartenance. Le sumbolon comporte donc les deux idées a priori antagonistes de séparation et de réunion. Si beaucoup d'auteurs ont étudié le rôle de la symbolique dans la société occidentale, force est de constater que leurs définitions sont complexes, voire alambiquées. Cela provient assurément de la nature même des symboles qui joue de l'ambiguïté entre séparation et réunion.

Dans le langage courant, on confond souvent symbole avec emblème, allégorie, métaphore, image, signe. Pourtant aucun de ces termes n'est réellement un synonyme. L'emblème est par convention la représentation d'une idée, d'un être physique ou moral. C'est le cas du drapeau rouge à croix blanche qui est l'emblème de la Suisse. L'allégorie, elle, figure une vertu, un défaut ou une situation à l'instar d'une femme ailée, représentation courante de la victoire. Quant à la métaphore, c'est une comparaison imagée à l'exemple de la langue de bois, même si les politiciens n'ont jamais la langue dans leur poche. L'image, pour sa part, est une représentation codifiée. On la retrouve souvent sur les logos commerciaux : une clé anglaise pour les garagistes, un éclair pour les électriciens. Enfin, le signe est plus ou moins abstrait et porteur d'un sens communément admis... un cercle rouge barré d'un segment horizontal blanc a un sens précis : celui d'un sens interdit. Mais emblèmes, allégories, métaphores, images ou signes ne sont pas, aux yeux du franc-maçon, des synonymes de symbole.

En maçonnerie, le symbole est le support de la réflexion et de la méditation. Par métaphore, je dirais que le symbole est un outil de l'esprit. Tout ici, tout ce que vous voyez, tout ce que vous vivez en cet instant est symbole. Or, comme je le disais en préambule, le sumbolon grec est à la fois séparation et réunion.

Séparation parce que l'outil symbolique peut être utilisé par chaque esprit différemment et d'une manière évolutive dans le temps. C'est en quoi la maçonnerie est un processus d'édification personnelle qui commence au porte du temple, se poursuit par l'initiation, puis par le travail de l'apprenti, du compagnon et enfin du maître. Mais même le maître n'arrête jamais d'évoluer dans son habilité à manier les symboles. Il faut laisser le temps aux symboles pour qu'ils pénètrent l'esprit. Ils doivent être médités, savourés; les symboles doivent être vécus. Savoir par coeur la définition de l'équerre ........................................